3

 

— Des ehats ?

Keir se redressa d’un bond. Je ne tardai pas à l’imiter. J’avais entendu tant de choses sur ces animaux qu’il me tardait d’en voir un en vrai. Je fourrai en hâte mon cahier dans ma sacoche, pris la main de Keir et le laissai m’entraîner à travers les hautes herbes.

Marcus nous attendait devant notre tente, en compagnie d’un éclaireur et d’un guerrier du nom de Tant, que je connaissais bien. Un sourire radieux illuminait leur visage. La nouvelle s’était répandue comme une traînée de poudre dans tout le camp. De partout, on accourait.

— Des ehats ? répéta Keir, l’air sceptique.

Le sourire de l’éclaireur s’élargit encore, si c’était possible.

— Quatre ehats, Seigneur de Guerre !

Le visage de Keir se figea sous l’effet de la surprise, puis se durcit sous celui de la colère.

— Tu mens !

Je retins mon souffle, craignant les répercussions de l’insulte, proférée par Keir alors que nul emblème n’avait été échangé. Mais l’éclaireur rejeta la tête en arrière et partit d’un grand rire.

— Je savais que vous réagiriez ainsi et je ne peux vous en vouloir, Seigneur de Guerre. Mais je dis la vérité, que les Cieux et la Terre m’en soient témoins ! Nous sommes tombés presque nez à nez avec quatre ehats, tous de jeunes mâles séparés du troupeau, non accouplés et bons à être chassés.

Un grand silence s’était fait autour de nous. Sur tous les visages se lisait la stupéfaction.

— Quatre ehats, répéta patiemment l’éclaireur. Autant que d’Éléments… Et sous le vent par rapport au camp.

Il marqua une pause et ajouta négligemment :

— Mais ça ne va peut-être pas durer.

— Quatre ! s’exclama Keir dans un souffle. C’est un présage, et un cadeau des Éléments.

— À moins que ce ne soit un défi, tempéra Joden derrière nous.

— Dans un cas comme dans l’autre, riposta Keir, je n’ai pas l’intention de dédaigner l’aubaine.

Sortant de son ébahissement, il reporta son attention sur Tant et son camarade.

— Si c’est vrai, dit-il en les fixant d’un œil noir, je vous honorerai en vous donnant l’un des morceaux de choix. Si c’est faux, je vous étranglerai de mes propres mains.

Le sourire de l’éclaireur ne faiblit pas.

— Merci, Seigneur de Guerre ! s’exclama-t-il, radieux. C’est comme si Lail du Blaireau en avait déjà le goût sur la langue !

— Qu’on appelle les chefs de guerre ! ordonna Keir.

Une agitation de fourmilière s’empara du camp. Des guerriers commencèrent à courir dans toutes les directions.

— Il nous faut des équipes de purge et des équipes de mise à mort, poursuivit Keir. Quatre de chaque. Dix hommes par équipe. Marcus ? Rassemble le nécessaire pour les quatre équipes de purge.

Sur un hochement de tête, Marcus s’éclipsa.

— Vous comptez chasser les quatre ehats ? s’enquit Joden.

Keir se retourna et lui lança un regard de défi.

— Les Cieux sourient aux audacieux, Joden. Et cela te fera quelque chose à chanter, non ?

Le visage de Joden, choqué, se figea, mais je fus la seule à le voir. Keir, les yeux brillants, me fit face et s’exclama :

— Une chasse à l’ehat, Lara ! Il est déjà rare de tomber sur deux bêtes ensemble, alors quatre… Que je sache, cela ne s’est jamais vu. Nous les aurons tous !

— C’est une chasse dangereuse, n’est-ce pas ?

Je me rapprochai de lui. Les chefs de guerre arrivaient. J’avais peu de temps pour exprimer mon inquiétude.

Keir m’attira contre lui et baissa la voix.

— La mort arrive en un instant, Lara. Nous le savons tous les deux. Mais les ehats constituent le gibier le plus prisé dans la Grande Prairie. Tout est précieux, chez eux, et a son utilité : le cuir, la laine, et même les tripes ! Quatre ehats constituent une aubaine inespérée. Ils rempliront le ventre de mes guerriers, et le souvenir de leur chasse comblera leur cœur pendant des jours.

En déposant un chaste baiser sur sa joue, je murmurai :

— Sois prudent, mon Seigneur de Guerre. Tu emportes mon cœur avec toi.

Je reculai d’un pas en voyant Yers arriver, Iften et Wesren sur ses talons. Lorsque les chefs de guerre furent tous là, Keir s’avança à leur rencontre. Un large sourire sur les lèvres, Yers fut le premier à s’exprimer.

— Quatre ehats, Seigneur de Guerre ? Quand il saura ça, Simus regrettera de ne pas avoir été là !

Ortis lui succéda et demanda d’une voix neutre :

— Est-ce bien raisonnable de prendre des risques pour les attraper tous les quatre, alors que nous pourrions sans difficulté en tuer un seul et nous en contenter ?

— Peut-être devrions-nous les épargner pour apaiser les Éléments ? suggéra Aret.

Remarquant la mine sombre de Keir, elle se hâta d’ajouter :

— Au cas où nous les aurions offensés.

À ces mots, Sal pouffa de rire sous sa main.

— Nous ne sommes pas dignes de cette faveur des Éléments, lâcha Iften, plein de morgue.

Je vis flamber la colère sur le visage de Keir, mais il parvint à la contrôler.

— C’est notre habileté à la chasse qui prouvera notre valeur, dit-il. Et ceux qui ne s’estiment pas dignes de cette faveur…

Il foudroya Iften du regard.

— … ou ceux qui pensent avoir offensé les Éléments…

Ses yeux se portèrent sur Aret, et un sourire caustique se dessina sur ses lèvres lorsqu’il conclut :

— Ceux-là sont libres de ne pas participer à la chasse. Mais dans ce cas, il leur faudra renoncer aussi au festin.

Yers se pourlécha les babines et se frotta le ventre.

— Moi, intervint-il vivement, je veux ma part d’ehat bien frais tout juste sorti du feu.

Keir joignit son rire à ceux qui s’élevaient de toutes parts.

— Suivant la tradition, reprit-il ensuite, je prendrai la tête de la première équipe de purge. Iften, si tu es des nôtres, tu peux mener la deuxième. Yers…

— Je préférerais la première équipe de mise à mort, coupa Iften.

Keir haussa les sourcils, surpris.

— Tu déclines l’honneur que je te fais ?

Voyant Iften acquiescer, Keir ne perdit pas de temps.

— Yers, tu conduiras la deuxième équipe de purge.

— C’est un honneur pour moi, Seigneur de Guerre !

Aussitôt, il entreprit de défaire les boucles de sa cuirasse.

— Ortis et Aret, poursuivit Keir en se tournant vers eux, vous pouvez avoir la troisième et la quatrième équipe. Si toutefois tu décides de te joindre à nous, Aret.

Ortis hocha la tête, tendit ses armes à ceux qui l’entouraient et défit sa cuirasse à son tour. Aret hésita un bref instant, puis haussa les épaules et fit de même.

Tout en les imitant, Keir reprit la parole, pour une annonce qui produisit un certain effet dans l’assistance.

— Joden, je t’offre de commander la deuxième équipe de mise à mort.

L’intéressé ne prit pas le temps de la réflexion.

— Si je dois un jour chanter cette chasse, répondit-il, il vaudrait mieux que je l’observe à distance.

— Dans ce cas, enchaîna Keir, Sal, Uzaina et Tsor, vous aurez l’honneur de diriger les trois dernières équipes de mise à mort. Choisissez bien vos hommes.

Tous trois hochèrent la tête, puis tournèrent les talons et se mirent à lancer des ordres autour d’eux, vraisemblablement pour convoquer les meilleurs guerriers.

Sans aucun rôle à jouer dans la chasse à venir, Wesren demeura un instant figé sur place, avant de se tourner vers Iften, le visage empourpré. Le prêtre guerrier qui avait soigné le second était là également. Il tendit à son protégé une petite boulette que celui-ci plaça dans sa bouche. Avant qu’ils aient pu remarquer que je les observais, je m’empressai de détourner le regard.

Keir avait déposé dans l’herbe sa cuirasse. Il empila ses armes dessus tout en demandant à Joden :

— Accepterais-tu de rester auprès de la Captive durant la chasse ?

— Je m’occuperai de Xylara, répondit-il. Prenez soin de vous, Keir. Les cornes des ehats ne font pas de différence entre un Seigneur de Guerre et un simple guerrier.

Keir lui répondit d’un simple hochement de tête.

— Rafe et Prest, reprit-il, voulez-vous faire partie de mon équipe ?

Tous deux bondirent de joie, Prest écarquillant les yeux de surprise. Rafe répondit pour eux deux :

— Et comment, Seigneur de Guerre !

— Marcus ! s’impatienta Keir, qui ne portait plus que son pantalon. Elle arrive, cette huile, oui ou non ?

— Voilà, voilà…

Marcus distribuait des pots emplis d’une pâte verdâtre qu’il était allé chercher dans ses stocks. Intriguée, j’en saisis un au passage et l’ouvris. Keir plongea les doigts dedans et commença à s’en enduire le torse.

Prudemment, je plongeai l’index dans la pâte et le portai à mes narines. Une forte odeur de saindoux m’assaillit.

— Qu’est-ce que c’est ? demandai-je.

— Une huile fabriquée à partir de la graisse d’ehat, répondit-il en ôtant son pantalon. Voudrais-tu m’en passer dans le dos ?

En redressant la tête, je vis que j’étais entourée d’hommes et de femmes entièrement nus, occupés à s’aider les uns les autres à s’enduire le corps de cette pâte. Rouge de confusion, j’allai me placer derrière Keir en m’efforçant de me concentrer sur son dos et rien que sur le sien. Ce qui n’était pas réellement difficile…

— À quoi sert cette huile ? demandai-je, rattrapée par ma curiosité.

— Elle sert à adoucir l’épiderme, répondit Marcus. Et à prévenir les engelures et les gerçures à la saison des neiges. Elle sert également à empêcher le musc d’imprégner la peau.

— Le musc ?

Keir, qui s’enduisait le visage et les cheveux, prit le relais de Marcus.

— Le musc d’ehat est infect. Nous devons faire en sorte que l’animal purge ses réserves avant de le mettre à mort, sans quoi la viande serait immangeable.

Marcus était allé chercher dans ses malles des vêtements vieux et rapiécés, qu’il distribuait aux guerriers choisis pour les équipes de purge.

— Ces vêtements seront brûlés après la chasse, expliqua Keir sans se faire prier. Le musc ne part pas à l’eau. Nous devrons nous frictionner avec de l’herbe et de la terre.

— Cela ne paraît pas très agréable, dis-je en grimaçant.

Yers éclata de rire.

— C’est bien pourquoi cet « honneur » revient aux guerriers de plus haut rang, Captive.

Cette précision m’intrigua. Si tel était le cas, pour quelle raison Iften avait-il refusé ?

On amenait les chevaux. Je décidai que le temps était venu pour moi de me mettre à l’écart. Joden me suivit, de même qu’Ander et Yveni.

La plupart des membres des équipes de purge étaient à présent rhabillés. La couche de graisse qui leur couvrait le visage et les mains les faisait luire d’un singulier éclat verdâtre. On sentait monter dans leurs rangs l’excitation de la chasse à venir.

On avait débarrassé les montures de leur harnachement, à l’exception des rênes. Les cavaliers monteraient à cru. En voyant Keir ajuster une fine toile sur les yeux de son étalon, je demandai à Ander :

— Ces ehats sont vraiment dangereux ?

— Très ! répondit-il sans hésiter.

Joden s’efforça de me rassurer.

— Les équipes de purge harcelleront les bêtes à distance, Lara. Leur but est de les titiller suffisamment pour qu’elles les arrosent de leur musc. La mise à mort s’effectue à la lance, car le cuir d’ehat est trop résistant pour être percé par des flèches.

Marcus nous rejoignit, tenant nos chevaux par la bride.

— Les éclaireurs nous ont trouvé un endroit où nous pourrons assister à la chasse en toute sécurité. Il nous faut partir tout de suite pour y arriver à temps.

En découvrant notre gibier, je compris mieux pourquoi les Firelandais avaient remplacé les tours par des ehats dans le jeu d’échecs.

Couverts d’une toison sombre qui cascadait de leur corps en mèches emmêlées, ces animaux étaient vraiment impressionnants. Mais leurs cornes larges et acérées, qui pointaient de part et d’autre de leur crâne, paraissaient plus effrayantes et dangereuses encore que leur taille. D’un coup de tête, de tels monstres avaient sans doute vite fait de renverser un cheval et, d’un coup de corne, d’éventrer son cavalier… La gorge soudain très sèche, je déglutis péniblement à cette idée.

— Ils sont jeunes.

Marcus, allongé dans l’herbe à côté de moi, parlait tout bas. En compagnie de Joden, nous avions rampé au sommet de cette éminence au bas de laquelle Ander et Yveni faisaient le guet.

— Comment le sais-tu ? m’étonnai-je sur le même ton.

La tête baissée, les ehats broutaient l’herbe de la Grande Prairie. Il était impossible de voir leurs yeux, masqués par l’abondante toison brun foncé qui frisottait entre leurs cornes. Celles-ci paraissaient interminables, et j’avais du mal à détacher mes yeux de leurs pointes meurtrières.

— S’ils étaient plus âgés, expliqua Joden, ils seraient plus méfiants, et l’un d’eux monterait la garde pendant que les autres broutent. Ils resteraient également plus groupés.

— Pourquoi se méfieraient-ils ? À part les chasseurs, qui peut bien s’en prendre à eux ?

— Les tigres, répondit Marcus. Un tigre peut tuer un ehat à lui tout seul.

J’ouvrais la bouche pour le questionner plus longuement lorsque apparut un groupe de cavaliers qui fonça sur l’animal le plus proche. Je remarquai immédiatement qu’il s’agissait du groupe de Keir. J’étais aux premières loges pour assister à la scène, mais je commençais presque à le regretter.

C’était une chose de savoir que Keir chevaucherait à cru, sans armes ni cuirasse, c’en était une autre de le constater de mes yeux. Jamais il ne m’avait paru aussi faible, aussi démuni devant le danger. Je retins mon souffle en voyant que lui et ses hommes arrivaient près de l’ehat.

Ils encerclèrent l’animal au galop, criant et agitant les bras. Certains lui jetaient des pierres – plus pour l’agacer que pour le blesser, puisqu’elles rebondissaient dès qu’elles avaient atteint leur but. Je vis que Rafe et Prest n’étaient pas les moins déchaînés à ce petit jeu.

Enfin, l’ehat releva la tête, qu’il fit pivoter mollement de droite et de gauche. Ses naseaux frémirent quand il perçut l’odeur de ses assaillants. Sa queue épaisse et courte remua mollement pour manifester son mécontentement d’être ainsi interrompu dans son repas. Même à la distance où je me trouvais, je l’entendis pousser un grondement sourd. Aussitôt après, l’animal jeta la tête sur le côté, manquant de peu le cavalier qui passait à proximité.

La vitesse de sa réaction me laissa pantoise. Jamais je n’aurais imaginé qu’une bête aussi massive et d’apparence aussi indolente pût se montrer aussi rapide.

Sans doute avais-je exprimé mon étonnement à haute voix, car j’entendis Marcus expliquer :

— C’est bien ce qui rend cette chasse si dangereuse, Captive. Ils doivent s’approcher suffisamment pour pousser l’ehat à bout et le forcer à lancer son musc, tout en restant hors de portée de ses cornes.

Joden acquiesça d’un hochement de tête.

Les autres équipes de purge étaient également entrées en action, mais je n’avais d’yeux que pour celle de Keir, dont les membres poursuivaient leur harcèlement en prenant de plus en plus de risques.

Mon cœur bondit dans ma poitrine quand je vis Keir sortir du cercle et foncer seul sur l’animal. Arrivé devant l’ehat, l’étalon noir se cabra, comme pour le provoquer en combat singulier. L’ehat dressa la tête et lança un beuglement terrifiant, prêt à charger. Mais Keir et son cheval étaient déjà loin. Hors de portée des terribles cornes, ils avaient rejoint la ronde de cavaliers qui encerclaient obstinément leur proie.

— Ça y est, annonça Joden. Ils ont réussi.

— Comment sais-tu que…

— La queue, coupa Marcus. Il suffit de regarder la queue.

Je reportai mon attention sur l’ehat à temps pour voir le petit bout de queue se dresser. Un nuage de liqueur jaune jaillit d’un orifice qu’elle dissimulait, aspergeant les cavaliers. Keir ne fut pas atteint, mais d’autres n’eurent pas cette chance. Prest, notamment, fut trempé de musc de la tête aux pieds.

— Encore deux, commenta Marcus.

— Tu veux dire que les ehats peuvent faire ça trois fois ?

Joden me répondit d’un hochement de tête.

Je ne pouvais détacher mon regard de Keir. L’ehat qu’il provoquait était à présent totalement déchaîné. Il piétinait le sol, beuglait et aspergeait tout ce qui bougeait, tant et si bien que tous les membres de l’équipe, Seigneur de Guerre compris, dégoulinaient à présent de sa liqueur jaunâtre, dont le vent nous apportait quelques remugles nauséabonds.

Marcus répondit à la question qu’il lut dans mes yeux.

— Normalement, ils ne transporteront pas cette puanteur jusqu’au camp. Ils trouveront un endroit à l’écart pour se frotter d’herbe et de terre, eux et leurs chevaux. Cela devrait suffire à enlever le pire de l’odeur.

— Pauvres chevaux…

— Ils ne sont pas les plus à plaindre, affirma-t-il. Leur robe est plus imperméable au musc que la peau.

— Pourquoi les chasseurs ne peuvent-ils pas utiliser de l’eau et du savon pour se laver ?

Ce fut Joden qui me répondit.

— L’eau ne fait qu’aggraver le problème. L’herbe et la terre, en revanche, absorbent l’odeur. Au bout de quelques heures, les cavaliers pourront se baigner pour s’en débarrasser.

— Ils ont terminé leur travail, constata Marcus en désignant les équipes de purge qui s’étaient rassemblées. Les équipes de mise à mort vont pouvoir entrer en action.

Se redressant, il fit signe à Ander et Yveni qu’ils pouvaient se joindre à nous. Nous avions pris toutes les précautions possibles pour ne pas effrayer le gibier à notre arrivée, mais ce n’était plus un problème. Je me levai avec Joden pour voir les équipes suivantes prendre le relais. Ceux qui les composaient étaient, eux, protégés par des cuirasses et équipés de longues lances.

Deux des ehats semblaient avoir pris conscience du danger qu’ils couraient et tentaient de se regrouper. Mais les chasseurs ne leur en laissèrent pas le loisir et manœuvrèrent de manière à les séparer.

— Il y en a déjà un à terre ? s’enquit Ander en nous rejoignant avec Yveni.

— Pas encore, répondit Joden sans quitter la scène des yeux. Mais je pense que le plus éloigné sera le premier à tomber.

Je tournai la tête à temps pour voir l’animal tituber lourdement. Sa chute fut saluée par les cris enthousiastes des chasseurs.

— Une mise à mort rapide, se réjouit Marcus. Les Cieux en soient remerciés.

Yveni, qui était venue se placer dos à dos avec moi, surveillait nos arrières. Elle et Ander se relayaient pour ne rien rater du spectacle tout en assurant leur mission. Même ici, dans la Grande Prairie, même en cet instant de fête, ils ne relâchaient pas leur vigilance. Cédant sa place à Ander, elle jeta un coup d’œil satisfait à l’ehat abattu et commenta :

— Tant mieux. Plus la mise à mort est rapide, moins les nôtres courent de risques.

Joden grommela une vague approbation, sans quitter un instant des yeux le théâtre des opérations. C’était impressionnant de voir à quel point il était absorbé par le spectacle. Je savais qu’il ne manquait aucun détail et se rappellerait tout. Et je me demandais ce que donnerait le chant qu’il tirerait de cette chasse.

L’air était empli des cris de victoire des chasseurs et des râles rauques des ehats agonisants. Deux autres bêtes gisaient au sol. Il n’en restait plus qu’une debout – celle qui se trouvait le plus près de nous.

— Regardez Iften ! grommela Marcus. À quoi s’amuse-t-il, au juste ?

Iften menait la charge contre le dernier ehat, mais les choses se passaient moins bien que pour les précédents. L’animal se cabrait, ruait et lançait de courtes charges contre les cavaliers qui s’efforçaient de le maintenir dans leur cercle. Iften le poursuivait, visant obstinément la tête.

— Il veut l’atteindre à l’œil, nota Joden d’un air absent. La plus dure des mises à mort.

— Le fou ! s’exclama Marcus avec humeur. Sa propre gloire lui importe plus que la vie de ses hommes…

Je retins mon souffle en voyant Iften se dresser au-dessus de sa selle, debout dans ses étriers. Il n’avait plus qu’à brandir sa lance et à la planter dans l’œil de l’ehat, à présent à sa portée. Il esquissa le geste, mais avant qu’il ait pu toucher l’animal, la lance tomba et rebondit sur le sol.

Il y eut autour de moi des cris de stupeur tandis qu’Iften retombait sur sa selle en se tenant le bras. L’ehat, lui, ne perdit pas de temps. D’un coup de tête, il renversa le chasseur et son cheval, qui s’en allèrent rouler dans l’herbe. Puis, avec un mugissement de triomphe, il partit en quête d’une nouvelle victime.

Les hommes d’Iften changèrent de tactique, préférant s’interposer entre la bête et leur chef. Cela donnait à l’ehat une possibilité de s’enfuir, qu’il s’apprêta à saisir.

— Ils vont le perdre, prédit Joden. S’il se met à courir, on ne pourra pas l’arrêter de sitôt.

J’entendis tout d’abord le cri – un hurlement terrifiant qui fit vibrer mes tympans. Puis je vis Keir qui fondait au grand galop sur l’ehat. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Il n’avait ni arme ni armure. Dans ces conditions, qu’espérait-il faire, exactement ?

Mais son cri de guerre avait galvanisé les hommes d’Iften, leur avait redonné espoir. Ils prirent en tenaille l’animal, lui coupant de nouveau toute retraite. L’un des cavaliers se détacha du groupe et se porta à la rencontre de Keir, à qui il lança, quand il le croisa, une lance dont le Seigneur de Guerre se saisit habilement.

— Il va le faire, affirma Marcus avec satisfaction.

Mentalement, j’adressai à la Déesse une courte prière, comprenant que Keir allait effectivement prendre ce risque. Plus Keir s’approchait de l’ehat, plus ma gorge devenait sèche. L’animal, tête baissée, cornes dressées, semblait sur le point de charger.

Keir ne lui en laissa pas le temps. Imprimant à son bras un mouvement de balancier pour donner davantage de force à son coup, il fit pénétrer sa lance sous une des pattes avant, à la jonction avec le poitrail.

— En plein dans les poumons ! s’exclama Ander.

Marcus et Joden grognèrent à l’unisson. L’ehat eut encore la force de faire un pas, puis un autre, avant de s’effondrer pesamment, comme foudroyé. Un grand cri de victoire collectif s’éleva, poussé par tous les guerriers.

Autour de moi, mes compagnons bondissaient de joie, criaient et esquissaient des pas de danse, enivrés par le succès de cette chasse sans précédent. Je me joignis à eux avec enthousiasme, partageant leur allégresse et leur soulagement. Ma joie s’accrut encore quand je vis Keir venir vers nous. Du moins, jusqu’à ce que le vent tourne…

En tant que maîtresse guérisseuse, je suis habituée à la vue et aux odeurs des corps malades et des chairs altérées. Pourtant, dès que me parvint aux narines la puanteur qui s’exhalait de mon fier Seigneur de Guerre, je retins mon souffle, certaine que mon estomac n’y résisterait pas.

Yveni, qui se tenait près de moi, se pencha pour me glisser discrètement à l’oreille :

— C’est un grand gage d’amour d’accueillir par un baiser un chasseur couvert de musc d’ehat…

Je réprimai un soupir de consternation. Allais-je en avoir la force ? Au nom de l’amour que je portais à Keir, pourrais-je accomplir ce « sacrifice » tant apprécié ?

Tout le monde recula imperceptiblement lorsque Keir arriva près de nous. Je ne pouvais en vouloir à mes gardes : la puanteur était insupportable. Quand il fut suffisamment près, je vis que la matière jaunâtre qui les recouvrait, lui et son cheval, semblait s’être solidifiée au contact de l’air. De quelle nature était donc ce musc ? me demandai-je en fronçant les sourcils. Et quelles propriétés pouvait-il avoir ?

— Captive ! Le baiser au vainqueur !

Keir avait crié d’une voix rauque. Un sourire fendait son visage jusqu’aux oreilles, et ses yeux brillaient de larmes causées par l’odeur fétide qui les assaillait. Il s’arrêta devant moi et se pencha, me tendant ses lèvres. Par la Déesse ! Comment allais-je pouvoir supporter cette puanteur ? En me dressant sur la pointe des pieds, je l’embrassai et goûtai sur sa bouche chaude un goût salé et amer qui devait être celui du musc. En toute hâte, je mis fin au baiser et me reculai, le visage tordu par le dégoût.

Keir se laissa tomber en arrière, hilare, et atterrit sur les fesses dans l’herbe haute. Prenant à témoin Marcus et Joden, il désigna d’un grand geste les chasseurs qui célébraient leur prise en dansant autour du gibier abattu.

— Regarde bien, Joden ! lança-t-il. Il te faudra chanter tout cela devant les Tribus.

— Nul ne dicte à un barde son chant, répliqua Joden d’un ton égal. Pas même un Seigneur de Guerre.

Keir acquiesça d’un hochement de tête, mais sur ses lèvres, son sourire s’était crispé.

— Si tu ne le fais pas pour moi, Joden, fais-le pour eux.

— Il y a de la vérité dans ces paroles, reconnut-il en s’inclinant vers lui.

— La seule vérité digne d’être dite ici, corrigea Marcus en grimaçant, c’est que vous empestez, Seigneur de Guerre ! Allez vous nettoyer ! Ouste !

En riant, Keir se remit sur pied. Il allait grimper sur son cheval quand je le retins d’un cri.

— Attends !

Je fouillai fébrilement ma sacoche à la recherche d’un pot vide. En m’approchant de lui, je précisai :

— Je voudrais un échantillon de ce musc.

Autour de moi s’éleva un concert de cris dégoûtés.

Nous revînmes au camp sans Keir, parti se nettoyer avec tous les membres des équipes de purge. J’avais à présent un échantillon de musc dans un pot hermétiquement clos, que j’avais enveloppé par sécurité de feuilles de cuir. Si je ne réussissais pas à trouver d’utilité précise à cette substance, Eln, lui, le pourrait. J’aurais donné beaucoup pour voir la tête de mon vieux maître quand il ouvrirait le pot…

Le camp bruissait des préparatifs de la fête. De grands feux avaient été allumés pour rôtir la viande, et l’herbe avait été foulée pour aménager de vastes pistes de danse. Tambours et crécelles émergeaient des sacs. Il régnait une atmosphère de joie fébrile et d’excitation. Écharpes et plaids colorés venaient agrémenter les cuirasses.

Marcus avait sorti à mon intention la robe rouge qui avait fait sensation lorsque je l’avais portée à la cour royale de Fort-Cascade.

Au royaume de Xy, où les dames se parent de couleurs ternes, seules les femmes de petite vertu arborent de tels atours. En me voyant ainsi habillée dans la salle du trône, un courtisan m’avait insultée – une insulte que Keir avait vengée dans le sang en plongeant son épée dans le ventre du malheureux.

Mais ici, dans la Grande Prairie, cette robe d’un rouge éclatant avait une signification toute différente. Ce serait avec plaisir et fierté que je la porterais lors de cette cérémonie nocturne, qui célébrerait à la fois le retour dans la mère patrie et la chasse miraculeuse qui venait d’avoir lieu.

Des préparatifs pour établir un camp plus permanent étaient en cours, ce qui m’étonna jusqu’à ce que Marcus m’informe qu’il faudrait plusieurs jours pour débiter les quatre ehats.

Seuls seraient consommés cette nuit-là ce que l’on appelait les morceaux premiers. Et jusqu’au matin, des guerriers monteraient la garde près des dépouilles pour éloigner les charognards. Il faudrait ensuite du temps, même avec une main-d’œuvre abondante, pour débiter et traiter les montagnes de viande et de cuir.

Pendant que Marcus et les autres s’activaient aux préparatifs de la fête, je ne restai pas inactive. Quelques hommes blessés au cours de la chasse vinrent me trouver. Rien de grave, juste quelques bobos et coupures. Mais je fus heureuse de constater qu’ils acceptaient mon savoir et me faisaient suffisamment confiance pour me laisser les soigner.

Tous ne se trouvaient pas dans cet état d’esprit. D’autres ne viendraient pas à moi, et je n’irais pas les chercher. Pour ce que j’en savais, il n’y avait pas eu de membres brisés, et je me gardai bien de prendre des nouvelles d’Iften. Qu’il se débrouille avec le prêtre guerrier qui lui avait si bien guéri le bras à coups de « charmes magiques »…

En rangeant mes produits et mes accessoires, je me remémorai l’attitude d’Iften face à l’ehat. J’étais sûre que son échec provenait de ce qu’il avait utilisé son bras blessé et mal guéri pour porter à l’ehat le coup qui aurait dû lui être fatal. Il avait fallu que la douleur soit foudroyante pour le contraindre à lâcher sa lance dans un moment aussi critique.

Tôt ou tard, son état empirerait, jusqu’à ce que sa main aux doigts recourbés ne soit plus qu’une serre inutile. Mais Iften avait fait ses choix, et il lui faudrait vivre avec les conséquences.

Un bruit de sabots me tira de mes pensées. Je me levai et vis Keir, Prest et Rafe mettre pied à terre, couverts de terre et d’herbe sur ce qui restait de leurs vêtements usagés.

Prudemment, je tentai quelques reniflements, ce qui provoqua l’hilarité de Keir, qui me prit par les hanches et me fit tourbillonner autour de lui. Accrochée à lui, je me laissai faire, en riant moi aussi à en perdre haleine. L’odeur de musc était toujours là, mais beaucoup moins présente, fort heureusement.

À regret, Keir me reposa sur mes pieds quand Marcus lui tendit ses sacoches de selle et ses armes.

— Il y a là-dedans des vêtements propres et du savon, expliqua-t-il. Vous avez amplement le temps de vous rendre présentable avant le début des festivités.

J’écarquillai les yeux de surprise en examinant de plus près mes deux gardes du corps. Rafe n’avait pas changé, mais Prest…

— Prest ! m’exclamai-je en portant la main à ma bouche. Tu… tu t’es rasé les cheveux !

Son crâne rasé luisait à la lueur des torches. Des longues tresses noires qui avaient fait sa fierté, il ne restait rien.

Prest haussa les épaules.

— C’était plus pratique de les couper, assura-t-il avec un sourire gêné. De toute façon, ils repousseront.

— Mais d’ici là, plaisanta Rafe en mettant sa main en visière, j’ai intérêt à me protéger les yeux !

Un éclat de rire général salua cette réplique pendant que Prest faisait mine d’assommer son camarade. Puis Keir me prit la main et annonça :

— J’ai quelque chose à te montrer près de la rivière.

— Ah non, pas de ça ! protesta Marcus, les mains sur les hanches. Nous avons une fête sur les bras, ce n’est pas le moment de…

J’étais aussi rouge qu’une herbe de la Grande Prairie avant la saison des neiges. Je fus soulagée d’entendre Keir lui couper fermement la parole.

— Ne t’inquiète pas. Nous serons de retour à temps.

Avec un sourire narquois, Marcus déclara :

— J’en profiterai pour préparer les morceaux premiers pour vous.

Keir grimaça et s’éloigna en m’entraînant par la main.

Nous laissâmes les feux et le camp derrière nous. Rafe et Prest nous suivaient à distance. Je savais qu’il y avait une rivière dans cette direction, mais je ne m’y étais pas encore rendue.

Cela me faisait du bien de me promener main dans la main avec Keir, alors que le soleil s’apprêtait à sombrer à l’horizon. Il nous fit longer la rive, examinant les lieux avec attention. Enfin, il posa ses sacoches sur le sol et prit ses armes en me disant à mi-voix :

— Laisse ta sacoche ici et suis-moi sans faire de bruit.

D’un geste, il ordonna à mes gardes du corps de ne pas nous suivre. Puis nous descendîmes prudemment le long d’un étroit sentier qui nous conduisit au bord de la rivière. Derrière les branches d’un bouquet d’aulnes, il me fit signe de m’accroupir. Refermant autour de nous deux les pans de ma cape, il me murmura à l’oreille :

— Regarde bien sur l’autre rive.

Nous attendîmes ainsi un long moment, assis l’un contre l’autre, dans un parfait silence. Ne voyant rien venir, je me penchai pour lui demander tout bas :

— Que voulait dire Marcus, tout à l’heure, à propos des morceaux premiers ?

Levant les yeux au ciel, Keir approcha ses lèvres de mon oreille.

— Au Seigneur de Guerre reviennent les morceaux les plus appréciés d’un ehat, m’expliqua-t-il. Le cœur, le foie et l’estomac. Libre à lui de les garder pour lui ou d’en faire profiter son entourage.

En réponse à mon regard interrogateur, il soupira.

— Je déteste le goût des morceaux premiers, me confia-t-il dans un souffle. J’ai toujours détesté ça.

Je ne pus m’empêcher de pouffer sous ma main.

— Alors, poursuivit-il, j’en offre ostensiblement une bonne part à mes guerriers, comme s’il ne s’agissait que d’un effet de ma munificence et de ma volonté de les honorer. Mais il me faut quand même en manger une ou deux bouchées. Et avec quatre ehats abattus, mon assiette, tout à l’heure, débordera de morceaux premiers…

— Marcus est au courant ?

— Naturellement. Et à présent, tu l’es aussi. Vous êtes les seuls à connaître mon plus honteux secret.

J’ouvris la bouche, mais Keir me fit taire en posant un index sur mes lèvres. Suivant la direction empruntée par son regard, je vis sur l’autre rive une bête merveilleuse se frayer prudemment un chemin jusqu’à l’eau.

L’animal était énorme. Ses yeux jaunes brillaient dans la lumière déclinante. Sa fourrure, qui se fondait parfaitement dans les herbes qui nous entouraient, était rayée de bandes orange sur fond noir. Après avoir une dernière fois inspecté les alentours, la bête approcha de l’eau son large museau et se mit à boire.

— Qu’est-ce que c’est ? demandai-je d’une voix presque inaudible.

— Un tigre, me souffla Keir.

Ce fauve ne ressemblait à aucun de ceux que j’avais pu voir dans mes montagnes natales. Je comprenais mieux ce qui faisait de lui le seul prédateur de l’ehat.

Je retins mon souffle en voyant la bête relever sa tête massive et regarder droit vers nous. Puis elle secoua la tête, bâilla longuement et se remit à boire.

Par la Déesse ! Je n’avais pas eu le temps de les compter, mais cet animal ne manquait pas de dents.

— C’est l’odeur des ehats qui l’a attiré, m’expliqua Keir au creux de l’oreille. Les éclaireurs m’ont prévenu qu’il rôdait dans le coin, et j’ai saisi cette chance de te montrer le totem de ma Tribu. Une autre faveur des Éléments…

Au ton de sa voix, il était évident qu’il était fier et très content de lui.

— Ils nous gâtent, tous les deux, ajouta-t-il.

— Chassez-vous aussi les tigres ? demandai-je.

— Non ! répondit-il, catégorique. Sauf quand il leur vient l’idée de choisir pour gibier des membres des Tribus. Dans ce cas, nous n’avons pas le choix, mais le corps est incinéré avec les honneurs, et l’âme du tigre est pleurée comme il se doit.

Le tigre, devant nous, redressa lentement la tête et huma la brise. Sa gueule se fendit d’un rictus menaçant, puis il se retourna et disparut en un clin d’œil dans les hautes herbes.

— Viens, me dit Keir en se redressant. Pour cette fois, je préfère me joindre aux autres pour me baigner.

Sachant à présent quels hôtes fréquentaient ces rives, je ne pouvais qu’approuver…

Keir se baigna rapidement, en compagnie des hommes et femmes des équipes de purge qui avaient attendu jusque-là que le mélange de terre et d’herbe fasse effet. Je restai pour ma part sur la rive, avec ses vêtements et ses armes, à jeter de furtifs coups d’œil à mon Seigneur de Guerre nu et ruisselant.

Rafe et Prest ne s’étaient pas trop éloignés. D’autres baigneurs, à quelque distance, hommes et femmes mêlés, s’amusaient à chahuter dans l’eau. Certains de leurs jeux les moins innocents continuaient à me faire rougir. Mais, connaissant la pruderie xyiane, la plupart s’arrangeaient pour rester hors de ma vue.

Keir, au contraire, faisait en sorte de demeurer bien visible à mes yeux… Une fois qu’il se fut séché, il passa le fin pantalon de cuir fauve, la tunique blanche et la veste de cuir noir que Marcus avait préparés pour lui. Pour être honnête, je mourais d’ores et déjà d’envie de les lui ôter, mais cela devrait attendre.

Nous revînmes au camp en riant et en discutant. Keir me décrivit le déroulement des festivités à venir : les esprits des ehats seraient remerciés, les honneurs rendus aux guerriers méritants, et les morceaux premiers distribués. Les réjouissances qui s’ensuivraient dureraient une bonne partie de la nuit.

Aux abords du camp, je lui pris la main et dis pour le taquiner :

— Je ne t’ai pas encore vu danser…

— Je danserai pour toi ce soir, me promit-il. Je danserai aux yeux de tous, puis nous danserons tous les deux.

Il m’attira contre lui et ajouta en plongeant son regard dans le mien :

— Dans le secret de notre tente, dans notre lit.

Je me sentis rougir, ce qui le fit rire. Laissant son bras sur ma taille, il m’entraîna à travers le camp sans que nous remarquions quoi que ce soit. Ce fut l’attitude guindée de Marcus, alors que nous parvenions à notre tente, qui nous alerta. D’un regard sur le côté, il nous désigna une troupe de prêtres guerriers à cheval, qui piétinaient sans vergogne les espaces dégagés pour servir de pistes de danse. Leurs yeux étaient brillants, leur visage figé, leur expression menaçante. La lumière des feux de camp donnait l’illusion que leurs tatouages se tordaient sur leurs faces effrayantes et sur leurs membres.

En les découvrant, je ne pus retenir un cri de surprise. Keir fit un pas pour venir s’interposer entre eux et moi.

Le prêtre guerrier qui se tenait en tête fit avancer sa monture à notre rencontre. D’un geste vif, il planta sa lance dans le sol, aux pieds de Keir, et annonça :

— Nous venons chercher la Captive !

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